PORTRAIT. À l’occasion de la 14e édition du Marché des Arts et du Spectacle Africain (MASA) à Abidjan, l’artiste ivoirienne Ruth Tafébé a imposé son empreinte. Entre une double performance scénique et un plaidoyer pour un panafricanisme culturel concret, la compositrice et entrepreneure dessine les contours d'une Afrique créative et interconnectée.
L’ubiquité artistique : du groove des Messengers au laboratoire MASA Lab
Pour Ruth Tafébé, cette édition du MASA ne fut pas un simple passage sur scène, mais une démonstration de polyvalence. L'artiste s’est illustrée à travers deux propositions esthétiques distinctes. D’un côté, l’énergie organique de son groupe habituel, Ruth Tafébé & The African Messengers ; de l’autre, l’expérimentation avec Les Perles des Lagunes, un projet né de l'incubateur MASA Lab.
« J’ai eu la chance de présenter deux facettes de mon travail », confie-t-elle. Si le premier projet confirme sa maturité scénique, le second, porté avec Jaël Boni et Reine Abla, souligne l’importance des dispositifs d’accompagnement vers les marchés internationaux. Au-delà des projecteurs du Palais de la Culture, Ruth Tafébé salue la capacité du festival à s'irradier hors de ses murs : « Il est fascinant de voir comment les populations des quartiers s’approprient ce moment de culture. »
Le Festival Bo Balo : la culture comme baume social à Bouaké
Si la scène est son sanctuaire, l’engagement social est sa boussole. À Bouaké, Ruth Tafébé pilote le Festival Bo Balo, une initiative qui transcende le simple divertissement pour devenir un outil de transformation sociétale. Dans une ville où l'accès à l'éducation artistique demeure un défi, l’événement propose entre autres, une semaine intensive de formation.
« Le festival vise à redonner les outils nécessaires pour véritablement réapprendre le vivre-ensemble », affirme l’entrepreneure. Entre conférences, sensibilisation à l’éco-responsabilité et mise en lumière des danses patrimoniales comme le Zaouli ou le Goli, Bo Balo se veut un espace de transmission intergénérationnelle. Pour Ruth Tafébé, la culture n'est pas un luxe, mais un levier de cohésion indispensable à la modernité africaine.
Le « choc » guinéen et l’horizon panafricain
Interrogée sur ses influences, l’artiste remonte le temps jusqu’à une révélation fondatrice : sa rencontre visuelle avec les Ballets Africains de Guinée. « C’est l’un des premiers spectacles de ma vie. J’ai été époustouflée », se souvient-elle. Ce traumatisme esthétique positif irrigue encore aujourd’hui sa vision artistique.
Désormais, c’est vers l’avenir et la coopération régionale qu’elle regarde. Séduite par le dynamisme de la nouvelle scène guinéenne, elle ambitionne de créer des synergies durables. « Il est crucial de mettre nos forces en commun pour promouvoir nos cultures respectives, sans jamais les confondre », plaide-t-elle avec une lucidité panafricaine. L’invitation d’artistes guinéens lors des prochaines éditions de Bo Balo n’est plus une hypothèse, mais une volonté affirmée de briser les frontières invisibles du continent.
À l’heure où elle peaufine son prochain album, baptisé Passage, Ruth Tafébé incarne cette nouvelle garde d’acteurs culturels : ceux pour qui l’excellence artistique est indissociable d’une responsabilité envers la cité.












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