En marge de la 14e édition du Marché des Arts et du Spectacle Africain (MASA), la réflexion sur les industries culturelles et créatives (ICC) s’est invitée au cœur des échanges professionnels. À la table ronde organisée par la communauté KreAfrika, Bilia Bah a défendu une approche structurante : renforcer les cadres africains pour mieux capter les richesses issues de la création.
Réunie autour du thème « Politiques culturelles et intégration africaine : nouveaux cadres, nouvelles richesses », la rencontre a mobilisé plusieurs acteurs du secteur, parmi lesquels Ana Ballo (SICA), Landy Rakoto (Cité des Cultures de Madagascar) et Charles Houdart (Groupe Campus AFD), sous la modération de Ribio Nzeza Bunketi Buse de l’Université Senghor.
Face à un public de professionnels venus de divers horizons, Bilia Bah a posé un constat sans détour sur l’économie culturelle africaine : « La musique africaine rayonne partout. Nos arts inspirent les plus grandes scènes, mais l’essentiel des revenus quitte le continent », a-t-il affirmé.
Pour lui, l’enjeu n’est pas tant de créer de nouvelles richesses que de mieux organiser leur circulation : « Les nouveaux cadres ne doivent pas seulement produire de la richesse. Ils doivent permettre de retenir celle qui existe déjà », a-t-il insisté.
Des réformes juridiques comme levier de structuration
S’appuyant sur l’exemple guinéen, Bilia Bah a détaillé les réformes engagées pour structurer le secteur des ICC. Cinq textes majeurs ont été mis en place, portant notamment sur le statut de l’artiste, le cinéma, les spectacles vivants, les instruments traditionnels et la copie privée.
Cette dernière mesure, selon lui, illustre concrètement l’impact d’un cadre réglementaire fonctionnel : « Le Bureau guinéen du droit d’auteur a pu redistribuer 13 milliards de francs guinéens aux artistes. Cela prouve que lorsque les lois existent et sont appliquées, les résultats suivent », a-t-il souligné.
Une vision régionale portée par la Maison des ICC
Au-delà des réformes nationales, Bilia Bah a également évoqué un projet structurant en cours : la Maison des Industries Culturelles et Créatives de Guinée. Actuellement en phase de préfiguration avec l’Agence française de développement (AFD), cette initiative ambitionne de dépasser le simple cadre infrastructurel.
« Ce n’est pas qu’un bâtiment. C’est un outil de structuration, pensé comme un nœud dans un réseau ouest-africain », a-t-il expliqué.
L’objectif est de créer un espace capable de connecter artistes, entrepreneurs et partenaires, dans une logique d’intégration régionale et de circulation des compétences.
Dans cette perspective, Bilia Bah appelle à une mutualisation des efforts à l’échelle du continent : « Nos États savent voter des lois. Il faut désormais se donner les moyens de les faire vivre, à travers des mécanismes communs », a-t-il conclu.
À travers cette intervention, le responsable guinéen inscrit le débat sur les ICC dans une logique de souveraineté économique et culturelle, où la structuration des politiques publiques apparaît comme un levier central pour repositionner l’Afrique dans la chaîne de valeur mondiale de la création.












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