Encore des jeunes sur les routes. Encore des départs clandestins. Encore des familles qui attendent des nouvelles.
Vendredi 18 septembre, en Gambie, 138 personnes ont été interpellées alors qu’elles se préparaient à prendre la mer vers l’Europe. Parmi elles figuraient des ressortissants guinéens.
Quelques jours plus tôt, au large de la Mauritanie, 37 personnes avaient été secourues après le naufrage d'une pirogue partie de Gambie. Douze étaient des Guinéens. Plusieurs dizaines de passagers restaient alors portés disparus.
Et le 27 septembre, nouveau sauvetage : 260 migrants ont été secourus au large de Nouakchott après environ sept jours en mer. Parmi eux, quatre Guinéens, 132 Sénégalais, 120 Gambiens, deux Nigérians et deux Maliens. Le groupe comptait également 61 femmes et 17 enfants.
Ces événements pourraient n'être que des nouvelles parmi tant d'autres.
Ils devraient pourtant nous interpeller.
Car derrière chaque tentative de départ, il y a souvent un jeune qui cherche ailleurs ce qu'il ne trouve pas chez lui : un emploi, une formation, un revenu ou simplement la perspective d'un avenir meilleur.
Quand partir devient une solution

Une étude de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), menée dans les préfectures de Kindia, Mamou, Siguiri et Nzérékoré, apporte un éclairage important.
Selon cette étude, 68 % des jeunes interrogés considèrent la migration comme une solution face au manque d'opportunités économiques. Parmi les jeunes migrants interrogés, 53 % étaient sans emploi avant leur départ.
Ces chiffres montrent que la migration irrégulière ne peut pas être regardée uniquement comme une décision individuelle.
Lorsqu'un jeune ne voit pas de formation accessible, d'emploi correspondant à ses compétences ou de possibilité crédible d'améliorer ses conditions de vie, le départ peut finir par apparaître comme une option.
C'est là que le débat doit commencer.
Dire « ne pars pas » ne suffit pas
Sensibiliser les jeunes aux dangers de la migration irrégulière est nécessaire.
Il faut parler des traversées dangereuses, des violences, de l'exploitation, des détentions et des difficultés rencontrées sur les routes migratoires.
Mais une question demeure :
Que propose-t-on à la place ?
Une campagne de sensibilisation ne crée pas un emploi. Elle ne finance pas une formation. Elle ne donne pas automatiquement une première expérience professionnelle à un jeune diplômé.
Si l'on veut réduire durablement les départs irréguliers, il faut donc aussi travailler sur les causes qui rendent ces départs envisageables.
Cela concerne l'éducation, la formation professionnelle, l'emploi, l'entrepreneuriat, l'accès au financement et le développement économique local.
La mer rappelle brutalement la réalité
Les récents sauvetages au large de la Mauritanie donnent une dimension particulièrement concrète à cette question.
En septembre, une pirogue partie de Gambie a dérivé pendant plusieurs jours avant qu'un bateau de pêche ne retrouve ses passagers. Douze Guinéens figuraient parmi les 37 rescapés, tandis que plusieurs dizaines de personnes restaient portées disparues.
Quelques jours plus tard, 260 autres migrants ont été secourus après près d'une semaine en mer, certains après avoir manqué de vivres et rencontré des difficultés de navigation.
Ces sauvetages sont des vies préservées. Mais ils rappellent aussi le niveau de risque auquel s'exposent ceux qui empruntent ces routes.
Et pour les familles, chaque départ peut devenir une longue attente.
Le voyage ne produit pas toujours le résultat espéré
L'étude de l'OIM montre également l'écart entre le projet de départ et sa réalité.
94 % des migrants interrogés n'avaient pas atteint leur destination finale prévue. Parmi eux, 41 % étaient restés plus de deux ans en migration, souvent dans des conditions précaires.
Les familles subissent elles aussi les conséquences de ces parcours. 63 % des ménages interrogés déclaraient un stress émotionnel important, tandis que 82 % ne recevaient aucun transfert d'argent de leurs proches encore en migration.
Derrière les statistiques, il y a donc aussi des familles qui attendent, s'inquiètent et parfois ne savent pas ce que leur proche est devenu.
La vraie question
Il serait toutefois trop simple d'expliquer tous les départs par le seul manque d'emploi.
Les motivations sont multiples : recherche d'opportunités, études, regroupement familial, influence de proches déjà partis, désir d'une meilleure qualité de vie ou difficultés économiques et sociales.
Mais lorsque des jeunes en viennent à considérer la migration comme une solution face au manque d'opportunités, ce phénomène mérite d'être pris au sérieux.
La question n'est donc pas seulement :
« Comment empêcher les jeunes de partir ? »
Elle est aussi :
« Pourquoi veulent-ils partir ? »
Et surtout :
« Que pouvons-nous leur proposer ici ? »
Ne pas idéaliser le départ. Ne pas abandonner ceux qui restent.
La Guinée ne pourra probablement pas empêcher tous ceux qui souhaitent partir de partir.
En revanche, elle peut chercher à faire en sorte que le départ irrégulier ne soit pas perçu comme la seule porte de sortie.
Cela passe par des formations réellement accessibles, des emplois, des possibilités d'entreprendre, un meilleur accompagnement des jeunes et une réintégration plus efficace des migrants de retour.
Avant de demander à la jeunesse de rester, il faudrait peut-être commencer par l'écouter.
Pourquoi veux-tu partir ?
La réponse à cette question devrait compter autant que le nombre de personnes interceptées ou secourues sur les routes migratoires.
Car derrière chaque embarcation interceptée, il y a une histoire.
Derrière chaque naufrage, il y a des familles qui attendent.
Derrière chaque rescapé, il y a un voyage qui aurait pu se terminer autrement.
Et derrière chaque jeune qui prend la route, il y a une question que la société doit accepter de regarder en face :
avons-nous suffisamment donné à notre jeunesse des raisons crédibles de construire son avenir ici ?
C'est peut-être là que devrait commencer le véritable débat.




































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